Rocio Molina: le nouvel éclat du flamenco

A 26 ans, la danseuse andalouse Rocio Molina est la nouvelle icône du flamenco qu’elle réinvente à chaque coup de taconeos. La création Oro viejo parle de la fuite du temps dans un spectacle total inspiré des opéras flamenco du début du XXe siècle et multipliant les allers-retours entre passé et présent. Retour sur une représentation qui a subjugué le public du Festival de Danses et des Arts Multiples de Marseille jeudi 30 juin 2011.

Ambiance hispanique sur fond de mistral pour la représentation de Oro Viejo jeudi 30 juin, salle Vallier, à Marseille. Le public du Festival de Danse et d’Arts Multiples, venu en nombre, le spectacle joue à guichets fermés, ignore encore qu’il va vivre un de ces grands moments de grâce que peut, parfois, offrir l’art lorsqu’il transpire de chacun des pores de la peau d’une danseuse de flamenco andalouse.

A 26 ans, Rocio Molina a déjà été sacrée meilleure interprète de flamenco. C’était en 2008, à la Biennale de Séville. En 2010, elle reçoit le Premio Nacional de Danza et au vu de sa performance, la jeune artiste n’en est certainement pas à ses dernières récompenses.

Sa fluidité dépasse l’entendement
Maîtrisant jusqu’au bout des doigts l’art très codifié du flamenco, cette ancienne élève de Maria Pagès rythme la tradition de pas inspirés du monde de la danse contemporaine. Sa fluidité dépasse l’entendement. Jamais elle ne semble respirer. Jamais elle ne se reprend. Comme possédée par la musique.

Dans Oro Viejo, la talentueuse chorégraphe évoque la fuite du temps sans nostalgie, animée par la volonté de rappeler qu’en vieillissant l’or se teint en jaune. Profond. Profond comme le regard de ce vieux couple projeté à l’écran. "Pour un instant, j’ai essayé d’interrompre la rapidité avec laquelle avançait mon horloge interne, en observant et en adoptant le comportement des vieillards", raconte Rocio Molina.

A moins de 30 ans, grande admiratrice de la tradition, elle veut faire du flamenco "un art vivant et libre dont l’inertie n’admet pas de date de péremption."  Dans sa création, l’Andalouse, née à Malaga en 1984, reprend le ton des opéras flamenco du début du XXe siècle pour mieux tisser des liens entre passé et présent. Certains tableaux directement inspirés du mime donnent à Oro Viejo des airs de cabaret dans lesquels les trois danseurs Eduardo Guerrero, Adrian Santana et David Coria parviennent même à transporter le public dans un grand éclat de rire.

De fil en aiguille, comme ces grains de sables défilant dans un sablier, Rocio Molina conquiert le public, mélange explosif de force et de sensualité. Les costumes colorés (bleu, noir, rouge…), la musique et le chant, tout contribue à la puissance de la pièce que porte la danseuse dans un enchaînement de figures ininterrompus jusqu’à un tableau final écrasant de beauté malgré la violence de la symbolique.

Face à ce spectacle total, réussi et prenant, on comprend que le public marseillais ait réservé une véritable standing ovation à cette compagnie pleine d’avenir. On comprend aussi que la langue espagnole compte un mot intraduisible en français, el duende. Rapporté au flamenco, le terme désigne un état de transe, de génie, où l’inspiration vient facilement et où tout réussit avec virtuosité à l’interprète musicien, chanteur ou danseur.

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